SNFGE

Allocutions Présidentielles

Années : 2010, 2009, 2008, 2007, 2006, 2005, 2004, 2003, 2002, 2001, 2000, 1999, 1998, 1997

Allocution Presidentielle

Michel AMOURETTI

1998

Paris, 24 Mars 1998

 


Messieurs les Modérateurs, Mesdames, Messieurs, mes chers Amis.

En prenant la parole devant vous, en charge de vous présenter en quelques minutes où en est la Société Nationale Française de Gastro-Entérologie, ses points d'ancrage et ses axes de développement, je mesure la chance que je partage avec vous de faire partie d'une collectivité scientifique, professionnelle et humaine dont la diversité et le dynamisme sont illustrés une fois de plus par l'importance de ces Journées.

Promouvoir une recherche de qualité, en assurer la diffusion, réaliser une formation continue de haut niveau sont les raisons d'être de notre Société et des Journées Francophones. L'engagement de la SNFGE et de toutes ses composantes dans ces deux domaines de la recherche et de la formation n'a fait que croître au fil des années. Les actions réalisées, les moyens qui leur sont consacrés ont été détaillés dans le dernier numéro de la Lettre de la Société. Des innovations sont apportées chaque année pour essayer de mieux répondre aux besoins évolutifs de la recherche et de la formation. Ainsi, cette année, les communications orales ont été regroupées le matin et les symposiums l'après-midi de façon à mieux différencier la partie scientifique du Congrès de celle visant à apporter une synthèse des connaissances actuelles sur des thèmes donnés. Les séances de synthèse des posters ont pour but de faciliter l'acquisition des données nouvelles issues de la recherche clinique. Le Conseil Scientifique des Journées, animé par Dominique Larrey et Jean-François Bretagne, poursuit ainsi les actions dynamiques de l’équipe précédente qui réunissait Antoine Cortot et Marc-André Bigard. Je vous propose d'aller au stand de la Société et de découvrir la liste des 18 projets de recherche sélectionnés cette année par le Conseil Scientifique du Fonds de Recherche, dont Patrick Rampal a assuré, avec discernement et efficacité, la présidence jusqu’à la fin de l’année dernière. On retrouve dans la participation au financement de ce Fonds de Recherche, ainsi que dans de nombreux Prix et Bourses, l'une des dimensions du soutien diversifié que nous apportent les Laboratoires pharmaceutiques et les Fabricants de matériel médical. Ce partenariat contribue puissamment au développement de nos connaissances et à la mise à la disposition des malades de moyens diagnostiques et thérapeutiques toujours plus efficaces. Il faut enfin souligner - et c'est le mérite de son Comité de Rédaction - que Gastroentérologie Clinique et Biologique est, au plan de la notoriété scientifique, la première revue médicale française, toutes spécialités confondues. Une évaluation globale de la qualité scientifique et organisationnelle des Journées, ainsi que de chaque symposium, est par ailleurs effectuée. Ces enquêtes ont pour buts : a) d'aider les orateurs et les organisateurs à améliorer les séances de formation futures ; b) de nous préparer de façon positive, et non pas contrainte, à l'accréditation de la formation médicale continue qui se met en place. Je vous remercie de la rigueur que vous apporterez à remplir ces fiches qu'il vous est demandé de remettre aux hôtesses de BCA. Ce n'est là que l'un des multiples aspects de l'implication de cette équipe, que je tiens à remercier pour la qualité du service rendu dans le cadre de l'organisation de ces Journées.

Quant à la Formation Médicale Continue, son dynamisme et sa qualité sont illustrés par les deux journées organisées par l'Association Nationale Française de Formation Continue en Hépato-Gastroentérologie, animées avec complémentarité, éristique et créativité par Fernand Vicari et Jacques Frexinos. Née il y a plus de 15 ans d'une volonté commune entre les médecins libéraux et les hospitalo-universitaires, cette Association vient de voter des modifications de ses statuts, permettant d'assurer, au sein de son Conseil d'Administration, une juste représentativité aux Praticiens Hospitaliers non Universitaires. Cela témoigne de la volonté de tous les responsables de notre discipline de rassembler nos forces et nos compétences pour mieux nous adapter à l'évolution du système de santé en France.

C'est qu'en effet de profondes mutations de notre exercice professionnel sont progressivement apparues depuis le milieu des années 80. Dans cette période de changement, dont le Professeur Jean-Pierre Etienne a brossé il y a deux ans à Lille un tableau éclairé et argumenté, je voudrais m'arrêter sur 3 domaines de réflexion et d'action dans lesquels la SNFGE s'est engagée ces dernières années pour que nous puissions relever ensemble les nouveaux défis auxquels nous sommes confrontés.

Contribuer à ce que nos pratiques de soins assurent à ceux qui se confient à nous le meilleur résultat possible en terme de santé, conformément à l'état actuel de nos connaissances, est l'un des objectifs prioritaires que s'est donné ces dernières années la SNFGE. La croissance exponentielle des données scientifiques et des innovations technologiques, la diffusion de ces connaissances nouvelles par des relais très divers rendent de plus en plus difficile pour chacun d'entre nous leur mise en oeuvre dans nos pratiques cliniques quotidiennes. Cela explique en partie la variabilité des pratiques professionnelles, variabilité à laquelle on peut rapporter un certain niveau de non qualité en terme d'efficacité et d'efficience. Pour aider les professionnels que nous sommes à réaliser des soins de qualité optimale, la SNFGE s'est engagée ces dernières années dans le champ de l'évaluation de la qualité des soins.

La Société s'est ainsi impliquée dès 1994, aux côtés de l'Agence Nationale pour le Développement de l'Evaluation Médicale, dans la production de recommandations médicales et professionnelles. Après les conférences de consensus, consacrées successivement à Helicobacter pylori, à l'hépatite virale C et tout récemment au cancer du côlon, la SNFGE prépare pour le début de l'année prochaine une conférence de consensus consacrée au reflux gastro-oesophagien. En ce qui concerne les recommandations de pratique clinique proprement dites, sont actuellement en cours d'élaboration, à l'initiative de la Société, des recommandations concernant la manométrie oesophagienne, la pHmétrie oesophagienne et l'incontinence anale de l'adulte.

Encore fallait-il que ces outils, construits de façon méthodologiquement rigoureuse, soient appropriés par ceux pour qui ils ont été élaborés, c’est-à-dire vous et moi, chacun d'entre nous, que nous en prenions connaissance pour les intégrer dans notre pratique quotidienne. Tel n'a pas été pas le cas jusqu'à un passé récent, tant ces recommandations étaient perçues comme un outil-sanction destiné à réduire les dépenses de santé. Seules en effet un très petit nombre d’entre elles étaient diffusées à l’ensemble de la profession, utilisées uniquement pour promulguer des références médicales opposables. L'évaluation a été de ce fait perçue dès ses premières années de développement en France comme une contrainte et non pas comme un enjeu positif pour les professionnels de santé. La SNFGE s'est impliquée d'emblée pour repositionner les recommandations vers leur objectif prioritaire, à savoir apporter une aide à la décision en vue de nous permettre d'améliorer la qualité des soins délivrés aux malades qui font appel à nous. Pour ce faire, ont été menées les actions suivantes :

a) diffusion à l'ensemble de la profession, par l'intermédiaire de Gastroentéroloige Clinique et Biologique, des différentes recommandations dans leur intégralité ;

b) rédaction d'éditoriaux dans Gastroentérologie Clinique et Biologique et réalisation d'actions de formation en vue de faire connaître le concept de l'évaluation de la qualité des soins et les méthodologies d'élaboration des recommandations, comme cela a été le cas lors d'un symposium organisé par Jean-Paul Galmiche, Michel Mignon et Philippe Ruszniewski, ainsi qu'à l’occasion du dernier Séminaire de Formation Médicale Continue organisé par la Société il y a quelques mois ;

c) mise en place d'actions incitatives au développement d'une recherche clinique en évaluation. C'est ce qui a été réalisé initialement dans le cadre d'une enquête nationale sur la pratique des endoscopies digestives hautes en France. Cette enquête, réalisée avec l'aide de toute l'équipe du Laboratoire d'Evaluation de la Qualité des Soins de l'Université de Bordeaux II, a pu être menée à bien grâce à un Groupe Evaluation mis en place par le Bureau de la Société à l’époque de Jean-Pierre Etienne, de Raymond Colin et de Marc-André Bigard, et à l'implication active de près d’un millier d'entre vous, que je tiens à remercier ici tout particulièrement. A été créé l'année dernière un Fonds d'Aide à l'Evaluation de la Qualité des Soins. Trois projets ont été retenus, dont vous pouvez prendre connaissance au stand de la Société au cours de ces Journées. A cette occasion, vous pourrez aussi y retirer des dossiers de candidature pour l'appel d'offres de cette année. L'engagement de la SNFGE dans ce domaine va s'accroître durant les années à venir, en vue de favoriser le développement d'expériences d'assurance de la qualité, que ce soit dans les établissements hospitaliers publics ou privés, nous permettant ainsi d'une part d'améliorer la qualité des soins délivrés et d'autre part de nous préparer à l'accréditation.

Mieux répondre à la demande des malades, ou des bien-portants, d'avoir une information claire et transparente, ainsi que nous adapter aux changements de perception dans la société française de l'erreur médicale et du risque des investigations diagnostiques ou des thérapeutiques est un autre défi auquel nous avons à répondre. On voit émerger actuellement dans la société la demande - voire l'exigence - d'une sécurité et d'une qualité des soins la plus parfaite possible. Le Symposium qui aura lieu cet après-midi sur le thème de la sécurité et de la responsabilité médicale a pour objectif de débattre sur les conséquences de l'irruption de cette exigence de qualité et de sécurité dans la pratique des différents acteurs du système de santé, ainsi que dans la relation médecin - malade. En collaboration avec la Société Française d'Endoscopie Digestive, la SNFGE a contribué à l'élaboration des fiches d'information dont vous avez tous été récemment destinataires. Il est aussi important d'informer la population sur nos progrès, mais aussi sur les aléas diagnostiques et thérapeutiques, ainsi que sur nos interrogations en matière d'organisation du système de santé. Nous avons de ce fait organisé pour la première fois cette année une conférence "Grand Public" pour présenter les conclusions de la conférence de consensus sur le cancer du côlon dans laquelle Jean Faivre et Jacques Fournet se sont particulièrement impliqués. Les réactions suscitées par ce débat grand public et les premières réponses apportées aux interrogations posées en terme d'organisation de la prévention et du dépistage des cancers en France, et notamment du cancer colo-rectal, vont dans un sens positif.

Favoriser la communication entre l'ensemble des membres de notre discipline et dégager des propositions d'actions communes à toutes nos composantes : voilà enfin un domaine de réflexion et d'action qu'il nous faut développer du fait des enjeux éthiques et professionnels actuels. Pour répondre à ce besoin a été créé un site Internet dont je vous invite à venir découvrir sur le stand de la Société les derniers enrichissements. La richesse informative de la Lettre de la Société s'est encore développée du fait du dynamisme de Jean-François Bretagne. Une rubrique spécifique à la formation médicale continue verra le jour cette année dans Gastroentérologie Clinique et Biologique grâce à l'engagement de Philipppe Ruszniewski et de son équipe de rédaction.

La nécessité de réaliser des actions communes, en vue de favoriser les réorganisations et les restructurations nécessaires pour nous permettre de mieux répondre aux besoins de santé dans notre discipline, dépasse largement le cadre de la SNFGE. C'est tout l'enjeu de la réflexion qu'il faut mettre en place, et qui va impliquer toutes les composantes de notre spécialité, universitaire, hospitalière et libérale, pour définir enfin clairement les modalités de la prise en charge des patients atteints de cancers digestifs. Cette réflexion doit être menée en parallèle avec celle concernant la mise en place et le développement des réseaux de soins en cancérologie, en sachant s'inspirer d'expériences positives comme celles rapportées par l'équipe de Rouen hier en séance plénière. C'est dans la même optique que se situent la mise au point d'un thésaurus des diagnostics et la révision de la nomenclature des actes en hépato-gastroentérologie dont Raymond Jian vous a présenté ce matin les grandes lignes. Dans toutes ces actions, il faut nous enrichir de nos diversités et de nos complémentarités, en sachant développer des liens organisationnels avec les autres disciplines, ainsi qu'avec les médecins généralistes.

Vous me permettrez de terminer sur une note personnelle. L'aspiration à m'engager dans le domaine de l'évaluation de la qualité des soins s'est progressivement affirmée en moi durant les années 80, au contact des malades, des étudiants et à l'occasion de rencontres avec des leaders d'opinion et de pensée qui m'ont beaucoup marqué comme Claude Béraud et un théologien protestant, professeur de droit, Jacques Ellul. Si j'ai pu participer avec bien d'autres, au développement - qui est loin d'être terminé - de l'évaluation de la qualité des soins dans notre discipline, c'est parce que j'ai reçu l'appui efficace et sans réserve des différents responsables de la SNFGE, et tout particulièrement de Jean-Pierre Etienne, de Henri Michel, de Raymond Colin, de Marc-André Bigard, et maintenant de Jean-François Bretagne et de l'actuel Conseil d'Administration de la Société. Je tiens aussi à dire combien j'ai été conforté dans cette action collective par la réponse qui m'a été apportée par un très grand nombre d'entre vous ici présents, à l'occasion des audits menés dans ma région ou des enquêtes de pratique conduites à l'échelon national. Je me suis senti dans cette démarche de recherche clinique, et aussi, il faut le dire, de remise en cause de nos comportements, un médecin hépato-gastro-entérologue cherchant avec les autres membres de sa discipline à améliorer la qualité et la sécurité des soins qu'il délivre. Je crois que nous nous retrouvons tous dans cet objectif, quelles que puissent être nos différences et nos divergences, unis parce que soulager le mieux possible la souffrance de l'autre est la raison profonde du choix que nous avons fait de devenir médecins quand, en fin d'adolescence, la vie s'ouvrait devant nous. Gardons cette richesse. Elle fait la grandeur de notre profession.

 

 

mars 1998

79, boulevard du Montparnasse - 75006 Paris - France - Standard : +33 (0)1 83 95 48 07 - Fax: +33 (0)1 83 95 48 06 - Email : secretariat@snfge.org

 La S.N.F.G.E est l'institution scientifique de référence en hépato-gastroentérologie. Société savante créée en 1947 reconnue d'utilité publique.
Réalisé par CYIM Presse | Informations légales | Qui sommes-nous? | Contacts | English | Boîte à outils | Partenariats