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Messieurs les Modérateurs,
Mesdames, Messieurs, mes chers Amis.
En prenant
la parole devant vous, en charge de vous présenter
en quelques minutes où en est la Société
Nationale Française de Gastro-Entérologie,
ses points d'ancrage et ses axes de développement,
je mesure la chance que je partage avec vous de
faire partie d'une collectivité scientifique,
professionnelle et humaine dont la diversité
et le dynamisme sont illustrés une fois
de plus par l'importance de ces Journées.
Promouvoir
une recherche de qualité, en assurer la
diffusion, réaliser une formation continue
de haut niveau sont les raisons d'être
de notre Société et des Journées
Francophones. L'engagement de la SNFGE et de toutes
ses composantes dans ces deux domaines de la recherche
et de la formation n'a fait que croître
au fil des années. Les actions réalisées,
les moyens qui leur sont consacrés ont
été détaillés dans
le dernier numéro de la Lettre de la Société.
Des innovations sont apportées chaque
année pour essayer de mieux répondre
aux besoins évolutifs de la recherche et
de la formation. Ainsi, cette année, les
communications orales ont été regroupées
le matin et les symposiums l'après-midi
de façon à mieux différencier
la partie scientifique du Congrès de celle
visant à apporter une synthèse des
connaissances actuelles sur des thèmes
donnés. Les séances de synthèse
des posters ont pour but de faciliter l'acquisition
des données nouvelles issues de la recherche
clinique. Le Conseil Scientifique des Journées,
animé par Dominique Larrey et Jean-François
Bretagne, poursuit ainsi les actions dynamiques
de léquipe précédente
qui réunissait Antoine Cortot et Marc-André
Bigard. Je vous propose d'aller au stand de la
Société et de découvrir la
liste des 18 projets de recherche sélectionnés
cette année par le Conseil Scientifique
du Fonds de Recherche, dont Patrick Rampal a assuré,
avec discernement et efficacité, la présidence
jusquà la fin de lannée
dernière. On retrouve dans la participation
au financement de ce Fonds de Recherche, ainsi
que dans de nombreux Prix et Bourses, l'une des
dimensions du soutien diversifié que nous
apportent les Laboratoires pharmaceutiques et
les Fabricants de matériel médical.
Ce partenariat contribue puissamment au développement
de nos connaissances et à la mise à
la disposition des malades de moyens diagnostiques
et thérapeutiques toujours plus efficaces.
Il faut enfin souligner - et c'est le mérite
de son Comité de Rédaction - que
Gastroentérologie Clinique et Biologique
est, au plan de la notoriété scientifique,
la première revue médicale française,
toutes spécialités confondues. Une
évaluation globale de la qualité
scientifique et organisationnelle des Journées,
ainsi que de chaque symposium, est par ailleurs
effectuée. Ces enquêtes ont pour
buts : a) d'aider les orateurs et les organisateurs
à améliorer les séances de
formation futures ; b) de nous préparer
de façon positive, et non pas contrainte,
à l'accréditation de la formation
médicale continue qui se met en place.
Je vous remercie de la rigueur que vous apporterez
à remplir ces fiches qu'il vous est demandé
de remettre aux hôtesses de BCA. Ce n'est
là que l'un des multiples aspects de l'implication
de cette équipe, que je tiens à
remercier pour la qualité du service rendu
dans le cadre de l'organisation de ces Journées.
Quant à
la Formation Médicale Continue,
son dynamisme et sa qualité sont illustrés
par les deux journées organisées
par l'Association Nationale Française de
Formation Continue en Hépato-Gastroentérologie,
animées avec complémentarité,
éristique et créativité par
Fernand Vicari et Jacques Frexinos. Née
il y a plus de 15 ans d'une volonté commune
entre les médecins libéraux et les
hospitalo-universitaires, cette Association vient
de voter des modifications de ses statuts, permettant
d'assurer, au sein de son Conseil d'Administration,
une juste représentativité aux Praticiens
Hospitaliers non Universitaires. Cela témoigne
de la volonté de tous les responsables
de notre discipline de rassembler nos forces et
nos compétences pour mieux nous adapter
à l'évolution du système
de santé en France.
C'est qu'en
effet de profondes mutations de notre exercice
professionnel sont progressivement apparues
depuis le milieu des années 80. Dans cette
période de changement, dont le Professeur
Jean-Pierre Etienne a brossé il y a deux
ans à Lille un tableau éclairé
et argumenté, je voudrais m'arrêter
sur 3 domaines de réflexion et d'action
dans lesquels la SNFGE s'est engagée ces
dernières années pour que nous puissions
relever ensemble les nouveaux défis auxquels
nous sommes confrontés.
Contribuer
à ce que nos pratiques de soins assurent
à ceux qui se confient à nous le
meilleur résultat possible en terme de
santé, conformément à l'état
actuel de nos connaissances, est l'un des
objectifs prioritaires que s'est donné
ces dernières années la SNFGE. La
croissance exponentielle des données scientifiques
et des innovations technologiques, la diffusion
de ces connaissances nouvelles par des relais
très divers rendent de plus en plus difficile
pour chacun d'entre nous leur mise en oeuvre dans
nos pratiques cliniques quotidiennes. Cela explique
en partie la variabilité des pratiques
professionnelles, variabilité à
laquelle on peut rapporter un certain niveau de
non qualité en terme d'efficacité
et d'efficience. Pour aider les professionnels
que nous sommes à réaliser des soins
de qualité optimale, la SNFGE s'est engagée
ces dernières années dans le
champ de l'évaluation de la qualité
des soins.
La Société
s'est ainsi impliquée dès 1994,
aux côtés de l'Agence Nationale pour
le Développement de l'Evaluation Médicale,
dans la production de recommandations médicales
et professionnelles. Après les conférences
de consensus, consacrées successivement
à Helicobacter pylori, à
l'hépatite virale C et tout récemment
au cancer du côlon, la SNFGE prépare
pour le début de l'année prochaine
une conférence de consensus consacrée
au reflux gastro-oesophagien. En ce qui concerne
les recommandations de pratique clinique proprement
dites, sont actuellement en cours d'élaboration,
à l'initiative de la Société,
des recommandations concernant la manométrie
oesophagienne, la pHmétrie oesophagienne
et l'incontinence anale de l'adulte.
Encore fallait-il
que ces outils, construits de façon méthodologiquement
rigoureuse, soient appropriés par ceux
pour qui ils ont été élaborés,
cest-à-dire vous et moi, chacun d'entre
nous, que nous en prenions connaissance pour les
intégrer dans notre pratique quotidienne.
Tel n'a pas été pas le cas jusqu'à
un passé récent, tant ces recommandations
étaient perçues comme un outil-sanction
destiné à réduire les dépenses
de santé. Seules en effet un très
petit nombre dentre elles étaient
diffusées à lensemble de la
profession, utilisées uniquement pour promulguer
des références médicales
opposables. L'évaluation a été
de ce fait perçue dès ses premières
années de développement en France
comme une contrainte et non pas comme un enjeu
positif pour les professionnels de santé.
La SNFGE s'est impliquée d'emblée
pour repositionner les recommandations vers
leur objectif prioritaire, à savoir
apporter une aide à la décision
en vue de nous permettre d'améliorer la
qualité des soins délivrés
aux malades qui font appel à nous. Pour
ce faire, ont été menées
les actions suivantes :
a) diffusion
à l'ensemble de la profession, par l'intermédiaire
de Gastroentéroloige Clinique et Biologique,
des différentes recommandations dans leur
intégralité ;
b) rédaction
d'éditoriaux dans Gastroentérologie
Clinique et Biologique et réalisation
d'actions de formation en vue de faire connaître
le concept de l'évaluation de la qualité
des soins et les méthodologies d'élaboration
des recommandations, comme cela a été
le cas lors d'un symposium organisé par
Jean-Paul Galmiche, Michel Mignon et Philippe
Ruszniewski, ainsi qu'à loccasion
du dernier Séminaire de Formation Médicale
Continue organisé par la Société
il y a quelques mois ;
c) mise en
place d'actions incitatives au développement
d'une recherche clinique en évaluation.
C'est ce qui a été réalisé
initialement dans le cadre d'une enquête
nationale sur la pratique des endoscopies digestives
hautes en France. Cette enquête, réalisée
avec l'aide de toute l'équipe du Laboratoire
d'Evaluation de la Qualité des Soins de
l'Université de Bordeaux II, a pu être
menée à bien grâce à
un Groupe Evaluation mis en place par le Bureau
de la Société à lépoque
de Jean-Pierre Etienne, de Raymond Colin et de
Marc-André Bigard, et à l'implication
active de près dun millier d'entre
vous, que je tiens à remercier ici tout
particulièrement. A été créé
l'année dernière un Fonds d'Aide
à l'Evaluation de la Qualité des
Soins. Trois projets ont été
retenus, dont vous pouvez prendre connaissance
au stand de la Société au cours
de ces Journées. A cette occasion, vous
pourrez aussi y retirer des dossiers de candidature
pour l'appel d'offres de cette année. L'engagement
de la SNFGE dans ce domaine va s'accroître
durant les années à venir, en vue
de favoriser le développement d'expériences
d'assurance de la qualité, que ce soit
dans les établissements hospitaliers publics
ou privés, nous permettant ainsi d'une
part d'améliorer la qualité des
soins délivrés et d'autre part de
nous préparer à l'accréditation.
Mieux répondre
à la demande des malades, ou des bien-portants,
d'avoir une information claire et transparente,
ainsi que nous adapter aux changements de perception
dans la société française
de l'erreur médicale et du risque des investigations
diagnostiques ou des thérapeutiques
est un autre défi auquel nous avons à
répondre. On voit émerger actuellement
dans la société la demande - voire
l'exigence - d'une sécurité et d'une
qualité des soins la plus parfaite possible.
Le Symposium qui aura lieu cet après-midi
sur le thème de la sécurité
et de la responsabilité médicale
a pour objectif de débattre sur les conséquences
de l'irruption de cette exigence de qualité
et de sécurité dans la pratique
des différents acteurs du système
de santé, ainsi que dans la relation médecin
- malade. En collaboration avec la Société
Française d'Endoscopie Digestive, la SNFGE
a contribué à l'élaboration
des fiches d'information dont vous avez tous été
récemment destinataires. Il est aussi important
d'informer la population sur nos progrès,
mais aussi sur les aléas diagnostiques
et thérapeutiques, ainsi que sur nos interrogations
en matière d'organisation du système
de santé. Nous avons de ce fait organisé
pour la première fois cette année
une conférence "Grand Public" pour présenter
les conclusions de la conférence de consensus
sur le cancer du côlon dans laquelle Jean
Faivre et Jacques Fournet se sont particulièrement
impliqués. Les réactions suscitées
par ce débat grand public et les premières
réponses apportées aux interrogations
posées en terme d'organisation de la prévention
et du dépistage des cancers en France,
et notamment du cancer colo-rectal, vont dans
un sens positif.
Favoriser
la communication entre l'ensemble des membres
de notre discipline et dégager des propositions
d'actions communes à toutes nos composantes
: voilà enfin un domaine de réflexion
et d'action qu'il nous faut développer
du fait des enjeux éthiques et professionnels
actuels. Pour répondre à ce besoin
a été créé un site
Internet dont je vous invite à venir découvrir
sur le stand de la Société les derniers
enrichissements. La richesse informative de la
Lettre de la Société s'est encore
développée du fait du dynamisme
de Jean-François Bretagne. Une rubrique
spécifique à la formation médicale
continue verra le jour cette année dans
Gastroentérologie Clinique et Biologique
grâce à l'engagement de Philipppe
Ruszniewski et de son équipe de rédaction.
La nécessité
de réaliser des actions communes, en vue
de favoriser les réorganisations et
les restructurations nécessaires pour
nous permettre de mieux répondre aux besoins
de santé dans notre discipline, dépasse
largement le cadre de la SNFGE. C'est tout l'enjeu
de la réflexion qu'il faut mettre en place,
et qui va impliquer toutes les composantes de
notre spécialité, universitaire,
hospitalière et libérale, pour définir
enfin clairement les modalités de la prise
en charge des patients atteints de cancers digestifs.
Cette réflexion doit être menée
en parallèle avec celle concernant la mise
en place et le développement des réseaux
de soins en cancérologie, en sachant s'inspirer
d'expériences positives comme celles rapportées
par l'équipe de Rouen hier en séance
plénière. C'est dans la même
optique que se situent la mise au point d'un thésaurus
des diagnostics et la révision de la nomenclature
des actes en hépato-gastroentérologie
dont Raymond Jian vous a présenté
ce matin les grandes lignes. Dans toutes ces actions,
il faut nous enrichir de nos diversités
et de nos complémentarités, en sachant
développer des liens organisationnels avec
les autres disciplines, ainsi qu'avec les médecins
généralistes.
Vous me permettrez de terminer
sur une note personnelle. L'aspiration
à m'engager dans le domaine de l'évaluation
de la qualité des soins s'est progressivement
affirmée en moi durant les années
80, au contact des malades, des étudiants
et à l'occasion de rencontres avec des
leaders d'opinion et de pensée qui m'ont
beaucoup marqué comme Claude Béraud
et un théologien protestant, professeur
de droit, Jacques Ellul. Si j'ai pu participer
avec bien d'autres, au développement -
qui est loin d'être terminé - de
l'évaluation de la qualité des soins
dans notre discipline, c'est parce que j'ai reçu
l'appui efficace et sans réserve des différents
responsables de la SNFGE, et tout particulièrement
de Jean-Pierre Etienne, de Henri Michel, de Raymond
Colin, de Marc-André Bigard, et maintenant
de Jean-François Bretagne et de l'actuel
Conseil d'Administration de la Société.
Je tiens aussi à dire combien j'ai été
conforté dans cette action collective par
la réponse qui m'a été apportée
par un très grand nombre d'entre vous ici
présents, à l'occasion des audits
menés dans ma région ou des enquêtes
de pratique conduites à l'échelon
national. Je me suis senti dans cette démarche
de recherche clinique, et aussi, il faut le dire,
de remise en cause de nos comportements, un médecin
hépato-gastro-entérologue cherchant
avec les autres membres de sa discipline à
améliorer la qualité et la sécurité
des soins qu'il délivre. Je crois que nous
nous retrouvons tous dans cet objectif, quelles
que puissent être nos différences
et nos divergences, unis parce que soulager le
mieux possible la souffrance de l'autre est la
raison profonde du choix que nous avons fait de
devenir médecins quand, en fin d'adolescence,
la vie s'ouvrait devant nous. Gardons cette richesse.
Elle fait la grandeur de notre profession.
mars 1998 |