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Cancer du côlon

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Expert : Docteur Michel DUCREUX
Chef de l'Unité de Gastro-entérologie à l'Institut Gustave Roussy

Questions

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Polypes et cancer de l'intestin, est-ce la même chose ?

Existe t-il fréquemment une filiation du polype vers le cancer ?
Quels sont les symptômes du cancer de l'intestin ?

Peut-on avoir un cancer de l'intestin et aucun symptôme ?

Quel est l'examen le plus utile pour le diagnostic de cancer du côlon?

Quelles sont les traitements dans le cancer de l'intestin ?

Quand va-t-on utiliser plutôt tel traitement que tel autre ?
Arrive t-il que l'on soit opéré dans le même temps que la coloscopie?

Est-ce que chirurgie signifie obligatoirement une poche sur le ventre ?
Le traitement par rayons a t-il une indication dans cette maladie ?

 

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Texte de l'interview

Polypes du côlon et cancer de l'intestin, est-ce que c'est la même chose ?
Docteur DUCREUX : Non, ce n'est pas la même chose. Le polype du côlon est une petite lésion bénigne qui apparaît dans le côlon de patients sans symptômes particuliers ; c'est une petite surélévation qui peut être enlevée par les voies naturelles la plupart du temps. Une sur dix de ces tumeurs bénignes peut avec le temps - en général une dizaine d'années - acquérir des cellules cancéreuses, lesquelles vont pouvoir ensuite se développer aboutissant au véritable cancer qui lui nécessite un traitement très différent.

 

Il y a donc fréquemment une filiation du polype vers le cancer ?
Docteur DUCREUX : Absolument. C'est le cas dans 80 % des cas. Dans les 20% restants, le cancer peut naître d'une paroi colique qui ne présente aucune anomalie particulière. Des cellules malignes apparaissent et se multiplient sans qu'il y ait eu au préalable un polype qui est, encore une fois, une lésion tout à fait bénigne.

 

Quels sont les symptômes qui peuvent faire penser à un cancer de l'intestin ?
Docteur DUCREUX : Le problème de cette maladie c'est que les symptômes qui doivent inquiéter sont assez peu spécifiques c'est à dire qu'on peut avoir de vagues douleurs abdominales, une alternance de diarrhée et de constipation, un transit un peu moins régulier que d'habitude. Ce sont donc des symptômes assez peu parlantset il s'agit donc d'une maladie extrêmement sournoise. Un signe qui est un peu plus évocateur c'est la présence de sang au niveau des selles mais qui là aussi est un signe trompeur parce qu'une grande majorité de gens d'un certain âge ont une hypertrophie des veines au niveau de l'anus (hémorroïdes). Le patient constate que çà saigne mais prend çà comme un signe assez peu parlant alors que, malheureusement, il peut se cacher derrière un cancer du côlon. Donc, si on a du sang dans les selles, il faut consulter, c'est tout à fait clair et net.

 

Peut-on avoir un cancer de l'intestin et aucun symptôme ?
Docteur DUCREUX : Absolument et c'est en cela que je disais qu'il s'agit d'une maladie sournoise c'est qu'un cancer du côlon peut parfaitement se développer sans aucun symptôme localement et ensuite même des cellules peuvent passer du côlon dans la circulation générale et aller dans d'autres organes, donner ce qu'on appelle des métastases alors même qu'on a présenté strictement aucun symptôme.

 

Quel est l'examen le plus important pour faire le diagnostic de cancer du côlon?
Docteur DUCREUX : Les choses sont claires dans ce domaine. Pour faire le diagnostic du cancer du côlon, il faut faire une coloscopie. Cela suppose de subir une préparation du côlon : on boit un produit qui permet de laver l'intérieur du côlon de façon à ce qu'on puisse facilement ensuite l'examiner. Pour cela, on met à l'intérieur du côlon, sous contrôle de la vue, un appareil appelé coloscope qui donne des images de l'intérieur du côlon. On vérifie ainsi si la paroi du côlon est parfaitement plane et saine ou si elle présente des irrégularités, un bourgeonnement, qui sont des signes possibles de cancer. Lorsqu'il y a des irrégularités, on pratique un prélèvement sur ces zones anormales (biopsie) pour l'analyser en microscopie afin d'avoir une certitude sur le diagnostic.

 

Parlons du traitement. Quelles sont les armes dont on dispose dans le cancer de l'intestin ?
Docteur DUCREUX : Nous disposons de plusieurs armes pour traiter le cancer de l'intestin ; la principale reste l'intervention chirurgicale, avec possibilité d'opérer les patients par différentes voies : en général, on ouvre le ventre des malades mais on peut aussi procéder de manière plus simple. Il faut retirer la tumeur du côlon et l'analyser de façon à préciser son extension. L'autre arme - qui a pris depuis ces dernières années de plus en plus d'importance - c'est la chimiothérapie c'est à dire l'administration de médicaments par voie intra veineuse ou dans de rares cas par voie orale. Ce sont des médicaments qui vont aller attaquer les cellules cancéreuses et les détruire.

 

Quelles sont les indications c'est à dire quand va-t-on utiliser plutôt tel traitement que tel autre ?

Docteur DUCREUX : Les indications dépendent bien entendu d'une concertation multidisciplinaire, c'est à dire de la discussion du cas du patient entre plusieurs spécialistes : le chirurgien, le gastro-entérologue, le chimiothérapeute en particulier après la réalisation d'un bilan de la maladie. Par ce terme, j'entends les examens complémentaires qui sont réalisés en particulier une radio du thorax, une échographie du foie et un certain nombre de tests sanguins pour aboutir à la détermination de l'extension de la maladie avant qu'un traitement puisse être envisagé.

 

Si je fais une coloscopie et qu'on trouve un cancer du côlon, vais-je être opéré dans le même temps?
Docteur DUCREUX : Jamais. De toute façon il faut faire un bilan, examiner la situation, réaliser un certain nombre d'examens complémentaires, comprendre quelle est l'extension de la maladie, expliquer les principes thérapeutiques au patient avant de mettre le traitement en œuvre. Dans des cas tout à fait exceptionnels, lorsque le cancer lui-même est très petit, situé au sommet d'une tumeur apparemment bénigne qui est retirée au cours même de la coloscopie, on peut dire qu'on traite le cancer en même temps qu'on en fait le diagnostic mais ce sont des cas tout à fait exceptionnels de tumeurs extrêmement localisées et parfois même insoupçonnées au moment où on les enlève.

 

Est-ce que chirurgie du côlon signifie forcément une poche sur le ventre ?
Docteur DUCREUX : Non. Bien au contraire car la plupart du temps la chirurgie du côlon ne s'accompagne jamais de poche sur le ventre, jamais d'anus artificiel. On peut parfaitement retirer plus de 90 % des cancers du côlon en reconstruisant un système digestif parfait ce qui aboutit, en post opératoire, à la reprise d'un transit tout à fait normal avec juste une cicatrice sur le ventre. Dans certains cas, lorsque la tumeur est située à la partie toute inférieure du tube digestif, on est malheureusement obligé de procéder à l'ablation de l'anus et donc dans ces cas là, de recourir à la mise en place d'un anus définitif. C'est moins de 5% des cas environ. Et dans les cas intermédiaires, lorsque la tumeur est assez bas située, que la couture faite par le chirurgien pour remettre en circuit le tube digestif se révèle assez fragile, on peut être amené à proposer au patient un anus artificiel ou une poche mais de manière temporaire avec rétablissement ultérieur de ce qu'on appelle la continuité du tube digestif. Il est bien évident que l'ensemble de ces procédures doit être expliqué au patient avant qu'elles ne soient réalisées. Il est hors de question de le faire sans en avoir averti le patient.


Vous n'avez pas parlé de traitement par rayons. Est-ce qu'ils n'ont pas d'indication dans cette maladie ?
Docteur DUCREUX : Le traitement par rayons ne concerne pas le cancer du côlon à proprement parler c'est à dire des 80 premiers centimètres du gros intestin. Par contre, dans les tumeurs dites du rectum c'est à dire de la partie terminale du gros intestin, il y a des indications à faire des rayons qui sont des traitements physiques, localisés, qui détruisent les cellules tumorales par irradiation. La plupart du temps, ils sont réalisés avant que la chirurgie ne soit proposée.


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