Texte de l'interview
Une capsule qui fait de l'endoscopie, ça marche comment ?
Professeur Gay : Comme votre caméra. Si vous avez acheté
récemment un appareil photo ou une caméra numérique, c'est
exactement le même principe. il y a un petit CCD dedans qui fabrique les
images avec possibilité, une fois ces images faites, de les transférer
- via des antennes - sur un boîtier qui est situé sur le côté
du patient (un peu comme le holter en cardiologie). Ensuite les données
dans le boîtier, sont transférées sur un ordinateur puis
c'est le travail du médecin de visualiser sur un écran d'ordinateur
les images enregistrées pendant 8 heures dans l'intestin du patient.
Donc, plus besoin d'endoscopie ?
Professeur Gay : Les gastro-entérologues ne seront pas au chômage
en particulier les endoscopistes pour deux raisons : cette capsule qui fait
2,6 cm sur 1 cm (soit une grosse gélule) ne permet pas pour l'instant
de faire des biopsies (prendre des morceaux d'intestin ou d'estomac). Il faut
donc vérifier les lésions qu'elle a montré. Lorsqu'elles
sont dans un territoire accessible au gastroscope, au coloscope, à l'entéroscope,
ce sont ces techniques qui vont faire les prélèvements, voire
même le traitement.
Dans quel cas va-t-on utiliser cette nouvelle technologie ?
Professeur Gay : Il faut bien comprendre que la capsule, de par sa petitesse,
ne peut pas fournir un éclairage très important. On comprend tout
de suite que la cavité gastrique ou celle du côlon (gros intestin)
sont plus larges que celle de l'intestin grêle c'est à dire l'intestin
qui est le plus long. Pour l'instant, la capsule est réservée
uniquement à l'intestin grêle que les endoscopes classiques n'explorent
pas bien. Ces entéroscopes n'explorent que la première et la dernière
partie de l'intestin grêle. Donc elle sert essentiellement actuellement
à chercher les causes de saignement digestif. Il peut s'agir de saignement
extériorisées - sang dans les selles par exemple ou vomissements
sanglants) mais aussi de saignements non visibles se traduisant uniquement par
une anémie - baisse du nombre de globules rouges - constatée par
le médecin traitant sur une numération-formule sanguine prescrite
par exemple parce que le patient était fatigué. La capsule n'intervient
qu'après avoir recherché des lésions au niveau de l'estomac
ou au niveau du colon. En résumé, pour l'instant, la capsule n'explore
pas ou de façon incidente l'estomac ni le colon mais est réservée
à l'intestin grêle.
Avaler une caméra, c'est facile ?
Professeur Gay : C'est facile chez l'adulte. Entre 12 ans et 18 ans,
l'enfant ou l'adolescent peut avoir quelques difficultés à l'avaler
mais le plus souvent tout sujet de plus de 12 ans parvient à l'avaler
sans difficulté dans sa taille actuelle. Des capsules sont en préparation
pour des enfants plus jeunes avec une taille plus réduite. La miniaturisation
est en évolution constante comme vous le voyez d'ailleurs dans vos caméras,
dans vos appareils photos.
Cette nouvelle technique est-elle accessible partout en France et est-elle
remboursée par la Sécurité Sociale ?
Professeur Gay : Cette technique est accessible sur l'ensemble du territoire
puisqu'il y a une trentaine de stations qui ont été vendues en
France à ma connaissance. Il y en a environ 8.000 dans le monde et, à
l'heure actuelle, environ 28.000 capsules ont été vendues (NDLR
: la capsule est à usage unique). Cette technique est donc partout présente
en France. Par contre, sur le plan financier, cet examen n'est pas encore remboursé
par la Sécurité Sociale. Il faut donc trouver un centre qui accepte
que cette capsule soit fournie dans la prestation. De la même manière,
il n'y a pas d'honoraires du médecin pour la lecture de la capsule (NDLR
: pas d'inscription spécifique à la nomenclature de la S.S.).
Quels sont les futurs développements de cette technique ?
Professeur Gay : Le futur va dans trois directions : 1) la miniaturisation
comme nous le disions précédemment pour l'enfant. 2) un accroissement
de la puissance d'éclairage pour essayer au moins d'explorer l'estomac.
3 ) essayer dans le futur de contrôler sa progression par des procédés
électro-magnétiques notamment ou niveau de l'sophage. Dans
un avenir plus lointain - à cinq ou dix ans - on peut imaginer des capsules
qui iront délivrer des médicaments et des capsules qui iront faire
des prélèvements automatiques.
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