SNFGE
Société Nationale Française de Gastro-Entérologie
Thesaurus de Bonnes Pratiques du Cancer Epidermoïde Primitif du Canal Anal Fichier PDFEnvoyer à un ami Imprimer

Cancer épidermoïde primitif du canal anal : Introduction

 

I - INTRODUCTION

1. Généralités

  • Le canal anal est la partie terminale du tube digestif mesurant 3 à 4 cm située entre le rectum et la peau de la marge de l'anus. Les tumeurs de la marge anale sont classées avec les tumeurs cutanées (WHO).
  • Les cancers du canal anal sont rares prédominant chez la femme (sex ratio de 0,4 à 4, 4 en France [3, 6]. Ils représentent 1, 2 % des cancers digestifs, et 6 % des cancers ano-rectaux [3]. Deux tiers des patients ont plus de 65 ans [6]. Leur incidence semble augmenter [8].
  • Les cancers épidermoïdes du canal anal représentent 95 % des cas de cancers du canal anal. Seuls 5 % sont métastatiques au diagnostic [6].
  • Outre le sexe féminin et l'âge, l'homosexualité, les infections à HPV et le tabagisme sont des facteurs de risque.
  • Le  traitement vise à guérir le patient et à obtenir le meilleur contrôle local en conservant un sphincter fonctionnel.
  • Ces dernières années, se sont développés les traitements conservant le sphincter utilisant la radiothérapie et l'association d'une chimiothérapie concomitante pour les grosses tumeurs.
  •  

    2. Diagnostic histologique

    Il distingue les cancers épidermoïdes des autres formes :

     

    2.1. Cancers épidermoïdes :  

    - à grandes cellules kératinisant

    - non kératinisant (transitionnel)

    - basaloïde

     

    2.2. Adénocarcinomes :

    - de type rectal

    - glandes anales

    - sur fistule anorectales

     

    2.3. Carcinomes à petites cellules

     

    2.4. Carcinomes indifférenciés

     

    2.5. Autres tumeurs (sarcomes - lymphomes - mélanomes ...)

     

    3. Facteurs pronostiques

    Leur connaissance permet de mieux préciser la place des différents traitements dans la stratégie pluridisciplinaire.

     

    3.1. Facteurs pronostiques

    a. Sur la survie 
    Le stade T est un facteur pronostique pour de nombreux auteurs [3, 5, 10, 13, 14, 16, 19].
    Pour certains, la taille inférieure ou supérieure à 4 cm apparaît également pronostique [5, 9, 10, 19]. L'envahissement ganglionnaire inguinal ou pelvien est également décrit [5, 9, 10, 13].

     

    b. Sur le contrôle locorégional
    Le seul facteur pronostique du contrôle locorégional est la taille de la tumeur primitive, inconstamment retrouvé [3, 10, 16].

     

    3.2. Autres facteurs pronostiques

    a. Liés au patient
    L'âge élevé et le sexe masculin ont pu être retrouvés (L. Bedenne. Analyse monofactorielle).  

     

     b. L'homosexualité et l'infection par le VIH ne sont pas étudiés en tant que facteur pronostique (faible nombre de patients).
    L'infection par le VIH n'est pas une contre indication à un traitement curatif [4].

     

    4. Stadification

    Elle est préthérapeutique, le traitement initial étant généralement conservateur. L'ancienne classification de l'UICC de 1967, qui reposait sur l'analyse histologique de la pièce opératoire, a été abandonnée.

     

    4.1. Standard         

    Utiliser la classification TNM de UICC (4ème édition 1987) :

    Tumeur primitive     

    TX : tumeur non évaluable        

    T0 : pas de tumeur        

    Tis : carcinome in situ        

    T1 : tumeur ≤ 2 cm dans sa plus grande dimension

    T2 : tumeur > 2 cm mais ≤ 5 cm dans sa plus grande dimension ( de 21 mm à 50 mm)        

    T3 : tumeur > 5 cm dans sa plus grande dimension

    T4 : tumeur de n'importe quelle dimension envahissant un ou plusieurs organes adjacents (vagin, urètre, vessie)

    Adénopathies régionales (N)

    NX : adénopathies non précisées        

    N0 : pas de métastase ganglionnaire lymphatique régionale

    N1 : périrectaux       

    N2 : métastases d'un ou plusieurs ganglions lymphatiques  iliaque interne    et/ou inguinal unilatéral N3 : métastases dans les ganglions inguinaux ou périrectaux et/ou les ganglions lymphatiques iliaques externes et/ou inguinaux bilatéraux.        

    Métastases à distance (M)        

    MX : non précisées        

    M0 : pas de métastases        

    M1 : métastases

            

    4.2. Options

    Ces classifications sont utilisées dans certaines larges séries, sur l'argument qu'elles sont plus représentatives des facteurs pronostiques.

     

    Autres classifications cliniques

    Institut Curie

    1960

    UICC

    1967

    Institut Curie

    1973

    Papillon

    1971

    UICC

    1987

    T1

    < 3 cm

    ≤ 1/3 de longueur ou de circonférence de canal anal

    Idem

    < 2 cm

    < 2 cm

    T2

    3 à 6 cm

    > 1/3 de longueur ou de circonférence de canal anal ou infiltrant le sphincter externe

    Idem

    2 à 4 cm

    2 à 5 cm

    T3

    > 6 cm

    Etendue à la peau ou au rectum

    Idem

    - T3a < 4 cm

    - T3b > 4 cm

    > 4 cm

    mobile, sans extension

    vaginale,

    < 2/3 de

    circonférence anale

    > 5 cm

    T4

    Envahissement 

    des organes 

    de voisinage

    Envahissement des organes de voisinage

    - T4a :

    vagin et/ou vulve

    - T4b :

    autres structures de voisinage

    Envahissement des organes de voisinage

    - T4a : extension vaginale > 2/3 de circonférence du canal anal

    - T4b : autres structures de voisinage en dehors du rectum ou du vagin ; ou tumeur fixée

    Envahissement d'organes de voisinage


    Classification échoendoscopique

    cf II B 2 a

     

    II - BILAN DIAGNOSTIQUE et PRETHERAPEUTIQUE

     

    1. Standard diagnostique

    Examen clinique avec biopsie à la pince et analyse anatomo-pathologique

     

    2. Bilan d'extension locorégional

    Objectifs : décrire les sites d'extension tumorale, afin d'adapter le traitement aux facteurs pronostiques et de limiter les volumes irradiés.

            

    2.1. Référence

     

    Clinique

    Le toucher anorectal éventuellement réalisé sous AG, précédé d'un examen de la marge anale en écartant les plis radiés, évalue l'extension en hauteur de la tumeur, son extension par rapport à la marge et à la zone de transition anorectale, l'envahissement du bas rectum. Il précise l'extension circulaire, sa fixation à l'espace anococcygien et aux fosses ischio-rectales et ses rapports avec la prostate ou le vagin. Il peut déceler une adénopathie périrectale. Dans les formes antérieures, un toucher vaginal et un examen au spéculum sont nécessaires. La palpation des aires inguinales recherche des adénopathies, qui sont ponctionnées.

    Un examen gynécologique avec frottis cervical ou un examen de verge sont nécessaires, avec recherche de lésion HPV associées.

     

    L'anuscopie

    L'anuscopie complète le TR.

     

     L'examen général recherche une masse pelvienne, une hépatomégalie, une adénopathie sus-claviculaire

     

    Le bilan paraclinique 

    Le bilan paraclicnique comprend une radiographie du thorax et un scanner pelvien et hépatique.

     

    2.2. Alternatives

     

    a. L'échographie endorectale ou échoendoscopie  peut être réalisée :

  • précise l'épaisseur maxi de la tumeur et l'envahissement des couches 
  • recherche des adénopathies péri-rectales et du promontoire recto-sigmoïdien
  • exprime l'extension locale selon le tableau ci-dessous (US-TN)

  • US - T1 : tumeur envahissant la muqueuse et la sous-muqueuse

    US - T2 : tumeur envahissant le sphincter lisse sans le dépasser

    US - T3 : tumeur envahissant le sphincter strié

    US - T4 : tumeur envahissant les organes de voisinage

    US - N0 : absence d'adénopathies

    US - N1 : adénopathies péri-tumorale, péri-rectale

    US - N2 : adénopathies à distance de la tumeur (au-dessus du pôle supérieur)

     

    III -   METHODES THERAPEUTIQUES

    Les objectifs sont l'obtention d'un taux de survie élevé avec le meilleur contrôle local et régional. Les taux de conservation sphinctérienne et de sphincter fonctionnel sont également évalués.

    Le traitement repose pour les formes limitées sur la radiothérapie et pour les formes étendues sur une association radio-chimiothérapique et/ou chirurgicale.

     

    1. Chirurgie

  • L'amputation ano-rectale par voie abdomino-périnéale avec curage ganglionnaire hémorroïdal supérieur, moyen et inférieur.
  • Le curage inguinal de nécessité est intentionnellement limité, en présence d'adénopathies malignes, ou suspectes,  à leur exérèse. Il peut être réalisé avant ou après l'irradiation inguinale. Il expose à la survenue d'une lymphocèle persistante et à l'apparition d'un lymphoedème.
  • L'excision locale est une option, pour des tumeurs d'apparence bénigne ou in-situ, ou plus rarement pour les petits T1 de moins de 1 cm de grand axe.
  •  

    2. Radiothérapie exclusive

    Elle est réalisée en "split course" comportant une première série de radiothérapie externe suivie après un intervalle de repos, d'un complément par radiothérapie externe ou curiethérapie interstitielle. Le premier temps de radiothérapie externe consiste en une irradiation pelvienne postérieure dont le volume cible comprend la marge, le canal, le bas rectum, les ganglions péri-rectaux et latéro-pelviens. Elle est réalisée en décubitus dorsal ou ventral par des RX ≥ 10 MV délivrés selon 3 ou 4 faisceaux. Elle délivre 50 Gy en 25 fractions et 5 semaines. On peut ajouter au volume cible les aires ganglionnaires uni ou bilatérales, nécessitant d'adapter la technique par l'utilisation de champ direct antérieur supplémentaire en électrons de 6 à 12 MeV.

    Le deuxième temps d'irradiation (complément) peut être délivré par radiothérapie externe ou curiethérapie interstitielle à l'Iridium sur les volumes tumoraux initiaux à la dose de 15 à 20 Gy.

     

    3. Chimiothérapie exclusive

    L'association de 5 Fluorouracile (600 à 1000 mg/m2 de J1 à J4 ou J5) et de Mitomycine C 10 à 15 mg/m2 à J1) est le standard, renouvelée tous les 28 jours. L'association  5 Fluorouracile (600 à 1000 mg/m2 de J1 à J 4 ou J5) et CIS DDP (80 à 100 mg/m2 en une injection ou sur 5 jours) peut être utilisée en option.

    Il ne semble pas y avoir de résistance croisée.

     

    4.Traitement radio-chimiothérapique

    Il associe une radiothérapie externe pelvienne (45 Gy en 25 fractions et 5 semaines) et une chimiothérapie concomitante la 1ère semaine (et la 5ème semaine en option) selon le protocole 5 FU - MITO, ou 5FU-CDDP.

    La chimiothérapie d'induction est utilisée par certains avec un taux élevé de réponses.

     

    5.Traitement radio-chirurgical

    La radiothérapie pelvienne préopératoire ou la radiochimiothérapie préopératoire est suivie d'une AAP après 6 semaines de délai.

     

    IV - INDICATIONS THERAPEUTIQUES

    1. Buts

    a. guérir le patient par l'obtention d'un contrôle locorégional de la maladie

     

    b. guérir en conservant un anus fonctionnel

     

    c. prévenir l'évolution métastatique ?

     

    Trois essais ont démontré la supériorité de l'association radio-chimiothérapie par 5 FU-MITOMYCINE C sur la radiothérapie seule, pour les tumeurs localement avancées, avec augmentation du contrôle local et de la survie sans colostomie, mais sans bénéfice sur la survie globale [1, 7, 18] Les indications de l'amputation abdomino-périnéale restent réservées aux échecs des traitements conservateurs, ou aux complications graves.

     

    2. Stades T1 N0

    2.1. Référence

    Traitement conservateur (preuve de niveau A)

    Radiothérapie exclusive (preuve de niveau B)

    50 Gy / 25 fr / 5 semaines puis complément

     

    2.2. Alternative

     Chirurgie d'exérèse pour les tumeurs in situ ou de moins de 1 cm

     

    3. Stade T2 N0

    3.1. Référence

    Traitement conservateur (preuve de niveau A) 

    Radiothérapie exclusive (preuve de niveau A)

    50 Gy / 25 fr / 5 semaines puis complément localisé

            

    3.2. Alternative

     = essai thérapeutique FFCD 9804 - ACCOR 03         

    Chimiothérapie concomitante et/ou néoadjuvante pour les tumeurs de plus de 4 cm de grande dimension (preuve de niveau D)

     

    4. Stade T3  ou T1 - T2 N1 - N3

    4.1. Référence

    Radiochimiothérapie concomitante exclusive (5 FU - MITO) (preuve de niveau A)

    45 Gy / 25 fr / 5 semaines puis complément localisé

     

    4.2. Alternative

    - Radiochimiothérapie et chirurgie mutilante en l'absence de réponse tumorale

    - Radiochimiothérapie concomitante (5 FU - Cis DDP) ou néoadjuvante (preuve de niveau D) = essai thérapeutique FFCD 9804 - ACCOR 03

     

    5. Stade T4

    5.1. Standard

    Aucun

            

    5.2. Alternative

    - Radiochimiothérapie exclusive

    - Radio-chimiothérapie et chirurgie

     

    6.Tumeurs métastatiques d'emblée

    6.1. Standard

    Aucun

    Chimiothérapie exclusive (preuve de niveau D).

            

    6.2. Alternative

    - Radiothérapie pelvienne fonctionnelle

    - Chirurgie fonctionnelle

     

    7. Surveillance

    Le but de la surveillance est double :

            

  • Dépister une récidive locorégionale ou métastatique susceptible d'être traitée par un traitement spécifique, et permettant d'obtenir la guérison ou d'augmenter la survie.
  • Déceler une complication locale liée au traitement conservateur et permettant d'éviter une mutilation.
  •  

    80 % des récidives surviennent dans les 48 mois après le traitement, et se répartissent en :

            - Récidives locales isolées

            - Récidives locorégionales

            - Récidives métastatiques

            - Les récidives locales ou locorégionales sont rattrapables pour le tiers ou la moitié d'entre elles, généralement par AAP.

            - La fréquence des rechutes locales est de :

    • 0 à 20 % pour les T1
    • 10 à 30 % pour les T2
    • 20 à 40 % pour les T3 et T4.

            - La fréquence des complications est de 5 à 10 % pour les T1 T2 et 15 à 30 % pour les T3 T4 après traitement conservateur.

            - La difficulté de cette surveillance est liée à l'aspect remanié du canal anal après traitement conservateur et aux complications locales que peuvent entraîner des biopsies de contrôle itératives.

            - Clinique, avec touchers pelviens, anuscopie, palpation inguinale, tous les 4 mois pendant 2 ans, puis tous les 6 mois pendant 3 ans puis annuellement.

            - Les biopsies sont à éviter en raison des risques de nécrose après radiothérapie

           - En cas de tumeur initialement localement évoluées, un scanner abdomino-pelvien et une radiographie du thorax peuvent être réalisés (option).

     

     

     

    Pour consulter l'une des références bibliographiques :

    1-2-3-4-5-6-7-8-9-10-11-12-13-14-15-16-17-18-19

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