"Maladie ulcéreuse et gastrites à l'heure d'Helicobacterpylori"
Jeudi 12 et vendredi 13 Octobre 1995
Cité des Sciences et de l'Industrie - La Villette - 75019 Paris
La maladie ulcéreuse et les gastrites associées ou
non aux symptômes d'une dyspepsie constituent un problème
important en Santé Publique en raison de leur prévalence
élevée et du recours fréquent aux soins qu'elles
génèrent. Elles constituent pour ces raisons une préoccupation
pour les médecins, les Organismes payeurs et les Instances de décision
dans le domaine de la politique de Santé.
Les très nombreuses publications diffusées depuis une dizaine
d'années ont démontré le rôle pathogène
d'Helicobacter pylori pour la muqueuse gastro-duodénale
et en particulier son implication dans la maladie ulcéreuse gastrique
et duodénale et dans la majorité des gastrites chroniques.
Les données scientifiques disponibles et leur large diffusion ont
entraîné des modifications dans la prise en charge des malades
atteints de ces maladies. Le bouleversement dans la conception physiopathologique
de ces maladies a suscité des controverses susceptibles de créer
des disparités dans les stratégies diagnostiques et thérapeutiques.
Le moment est apparu opportun d'organiser une Conférence de Consensus
sur le thème "La maladie ulcéreuse et les gastrites
chroniques à l'heure d'Helicobacter pylori". Cette
conférence de consensus doit générer une information
pertinente et claire dont le but est de favoriser une adéquation
de la pratique médicale aux connaissances scientifiques actuelles.
L'évolution constante et rapide des données disponibles,
en particulier dans le domaine thérapeutique, permet de prévoir
que les conclusions proposées, établies à partir
de travaux indiscutables, devront être réévaluées
à la lumière des résultats des études ultérieures.
LES QUESTIONS POSÉES
QUESTION 1 :
Quelle est la place de l'infection à Helicobacter
pylori dans les causes et les mécanismes de l'ulcère
gastro-duodénal et des gastrites chroniques ?
QUESTION 2 :
Comment et quand rechercher l'infection à Helicobacter
pylori ?
QUESTION 3 :
Comment éradiquer Helicobacter pylori
?
QUESTION 4 :
Quelle est la prise en charge thérapeutique
de la maladie ulcéreuse gastrique en dehors de l'urgence ?
QUESTION 5 :
Quelle est la prise en charge thérapeutique
de la maladie ulcéreuse gastrique en dehors de l'urgence
?
QUESTION 6 :
Faut-il éradiquer Helicobacter pylori chez
un patient présentantune astrite chronique ?
AVANT PROPOS
Cette conférence a été organisée et s'est
déroulée conformément aux règles méthodologiques
préconisées par l'Agence Nationale pour le Développement
de l'Evaluation Médicale (ANDEM).
Les conclusions et recommandations présentées dans ce
document ont été rédigées par le Jury
de la Conférence, en toute indépendance. Leur teneur
n'engage en aucune manière la responsabilité de l'ANDEM.
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QUESTION 1
Quelle est la place de l'infection à Helicobacter pylori dans
les causes et les mécanismes de l'ulcère gastro-duodénal
et des gastrites chroniques ?
Helicobacter pylori est une bactérie de découverte
récente qui est responsable chez l'homme d'une infection durable
de la muqueuse gastrique contractée le plus souvent pendant l'enfance.
La transmission interhumaine favorisée par la promiscuité
est la plus probable. Elle se ferait par l'intermédiaire du liquide
gastrique.
La prévalence de l'infection, importante dans les pays industrialisés
(20 à 30 %), est plus élevée dans les pays en voie
de développement (70 à 90 %). Les conditions de vie liées
au bas niveau socio-économique paraissent constituer un facteur
de risque. Dans les pays industrialisés, le risque d'infection
a diminué au cours du temps en raison de l'amélioration
du niveau de vie. En France, le taux de prévalence tous âges
confondus est estimé à environ 30 %.
Après un épisode aigu, l'infection entraîne constamment
une inflammation chronique de la muqueuse gastrique antrale (gastrite
chronique). En l'absence d'éradication du germe, on observe dans
certains cas l'apparition d'une atrophie de la muqueuse et l'extension
des lésions vers le fundus. Un niveau de preuve élevé
permet de considérer qu'Helicobacter pylori est le facteur
causal de la gastrite chronique à localisation antrale prédominante.
De solides preuves en faveur d'un lien de causalité sont également
disponibles pour l'ulcère duodénal. Les preuves sont moins
documentées pour l'ulcère gastrique. Le risque d'ulcère
serait multiplié par dix en cas de gastrite. La gastrite antrale
augmente le risque d'ulcère duodénal, la gastrite antrofundique
celui de l'ulcère gastrique. Helicobacter pylori interviendrait
dans l'ulcérogénèse par deux mécanismes :
l'un direct faisant intervenir les propriétés cytotoxiques
de la bactérie et son effet promoteur sur les médiateurs
de l'inflammation ; l'autre indirect dans l'ulcère duodénal
par augmentation de la sécrétion gastrique acide. Celle-ci
favorise le remplacement de l'épithélium intestinal de la
muqueuse duodénale par un épithélium de type gastrique.
La colonisation de celui-ci par Helicobacter pylori entraîne
en cascade une inflammation, des érosions puis un ulcère.
QUESTION 2
Comment et quand rechercher l'infection à Helicobacter pylori
?
Les méthodes permettant la recherche d'Helicobacter pylori
sont, soit invasives car nécessitant une endoscopie et des biopsies
(tests rapides à l'uréase, examen anatomo-pathologique,
culture et PCR), soit non invasives (tests respiratoires au 13 C et sérologie).
En pratique courante, la recherche d'une infection à Helicobacter
pylori n'est justifiée que dans les situations qui aboutissent
à un traitement d'éradication. Le dépistage systématique
en vue d'une éradication prophylactique n'est pas justifié
à l'heure actuelle. L'existence de symptômesévocateurs
d'une pathologie digestive haute n'est pas un argument suffisant pour
rechercher de façon indirecte (test respiratoire ou sérologie)
Helicobacter pylori. Cette attitude peut être nuancée
chez l'enfant symptomatique.
Le problème de la recherche d'Helicobacter pylori se pose
donc chez les malades ayant une symptomatologie justifiant une endoscopie.
Devant un estomac et un duodénum macroscopiquement normaux, il
n'est pas recommandé de faire systématiquement une recherche
d'Helicobacter pylori.
Devant des lésions macroscopiques susceptibles de bénéficier
de l'éradication d'Helicobacter pylori, cette recherche
peut être effectuée par les tests rapides à l'uréase
et/ou par l'examen anatomo-pathologique. Cette dernière méthode
a l'avantage supplémentaire de préciser l'état de
la muqueuse gastrique. La culture, qui n'est pas systématique en
première intention, est la seule méthode permettant l'étude
de la sensibilité aux antibiotiques et le typage éventuel
des souches. Dans la maladie ulcéreuse duodénale, le Jury
a envisagé deux positions : soit la recherche systématique
du germe en vue d'un traitement d'éradication réservé
aux seuls patients positifs soit l'absence de recherche d'Helicobacter
pylori, le traitement antibiotique étant dans ce cas prescrit
systématiquement sur une base probabiliste. Le Jury souhaite que
ces deux stratégies fassent l'objet d'une évaluation médico-économique
comparative.
Dans le contrôle de l'éradication, le test respiratoire à
l'urée marquée au 13 C devrait devenir une méthode
de référence. La sérologie a une place essentielle
dans les études épidémiologiques.
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QUESTION 3
Comment éradiquer Helicobacter pylori ?
L'éradication d'Helicobacter pylori repose sur une trithérapie
orale associant un antisecrétoire et
deux antibiotiques.
Parmi les antisécrétoires, les meilleurs résultats
publiés actuellement sont obtenus avec les IPP. L'oméprazole
a été le plus étudié. Le degré d'efficacité
des anti H2 est moins bien connu. Les posologies habituellement utilisées
dans les essais thérapeutiques sont de deux fois la dose prescrite
pour la cicatrisation de l'ulcère, en deux prises quotidiennes.
L'intérêt de cette posologie double n'est pas définitivement
établi.
Les traitements antibiotiques recommandés associent amoxicilline
à clarithromycine ou clarithromycine à imidazolés
(métronidazole ou tinidazole). L'association amoxicilline-imidazolés
est une alternative possible. Les posologies proposées sont amoxicilline
1 gramme x 2 par jour, imidazolés 500 mg x 2 par jour, clarithromycine
500 mg x 2 par jour.
Il y a actuellement des arguments suffisants pour recommander une durée
de traitement de sept jours. Les schémas thérapeutiques
proposés permettent d'éradiquer Helicobacter pylori
dans plus de 90 % des cas. L'observance au traitement est un facteur essentiel
de succès.
La résistance d'Helicobacter pylori est clairement impliquée
dans les échecs d'éradication. Elle atteint en France 10
% pour la clarithromycine et 30 % pour les imidazolés. Les trithérapies
proposées restent cependant suffisamment efficaces pour ne pas
nécessiter d'antibiogramme lors des prescriptions de première
intention.
La progression des taux de résistance rend indispensable la surveillance
de son épidémiologie.
Dans l'attente d'un éventuel vaccin, de nouveaux schémas
thérapeutiques permettant d'améliorer l'observance et tenant
compte de l'émergence des résistances devront être
évalués.
QUESTION 4
Quelle est la prise en charge thérapeutique de la maladie ulcéreuse
duodénale en dehors de l'urgence ?
L'incidence annuelle de la maladie ulcéreuse duodénale
est estimée à 60 à 80 000 nouveaux cas
en France.
Helicobacter pylori est trouvé dans la muqueuse gastrique
chez plus de 90 % des malades ayant une maladie ulcéreuse duodénale.
Son éradication réduit considérablement le risque
de récidive de la maladie.
Le diagnostic repose sur l'endoscopie digestive haute.
Les propositions formulées ici sont fondées sur la mise
en évidence de l'infection à Helicobacter pylori dans
les prélèvements biopsiques.
- En poussée, si la recherche d'Helicobacter pylori est
positive, le traitement d'éradication est institué pendant
une durée de 7 jours. Il n'y a pas actuellement d'arguments suffisants
pour limiter le traitement de cicatrisation au seul traitement d'éradication.
Le traitement antisécrétoire pour les 3 semaines suivantes
reste indiqué. Sa réelle justification est en cours d'évaluation.
Le contrôle de l'éradication est nécessaire chez les
sujets à risque, notamment en cas d'antécédents de
complications (hémorragie, perforation) ou de traitement par anticoagulants
par exemple.
En cas de persistance documentée de l'infection à Helicobacter
pylori, un second traitement d'éradication peut être
proposé en tenant compte si possible des résultats d'un
antibiogramme. L'échec de cette seconde tentative conduit à
la prescription d'un traitement d'entretien par antisécrétoires.
L'infection àHelicobacter pylori est absente chez 3 % de
malades, en l'absence de cause médicamenteuse (AINS) ou de maladie
associée (maladie de Crohn, syndrome de Zollinger Ellison). Ces
malades doivent être soumis à un traitement antisécrétoire
au long cours.
- En dehors des poussées, en l'absence de traitement d'entretien,
l'éradication ne se justifie que dans des cas particuliers, telle
que la prise d'anticoagulants. Si le malade est sous traitement d'entretien
par antisécrétoires, l'existence d'une infection par Helicobacter
pylori peut faire proposer une éradication et l'arrêt
du traitement d'entretien si l'éradication est obtenue.
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QUESTION 5
Quelle est la prise en charge thérapeutique de la maladie ulcéreuse
gastrique en dehors de l'urgence ?
L'ulcère gastrique est quatre fois plus rare que l'ulcère
duodénal ; il est susceptible de dégénérer.
Le taux d'infection paraît plus faible que chez l'ulcéreux
duodénal (70 %) en raison sans doute du nombre d'ulcères
gastriques liés à la prise d'AINS. L'éradication
d'Helicobacter pylori diminuerait la fréquence des récidives.
L'endoscopie reconnaît la lésion. Les biopsies sont faites
systématiquement pour vérifier l'absence de signes de malignité
et vérifier la présence d'Helicobacter pylori au niveau
de l'antre et du fundus. Si cette recherche est positive, l'éradication
est conduite de la même façon que pour un ulcère duodénal,
avec poursuite du traitement antisécrétoire pendant 4 à
6 semaines. Dans le cas contraire, un facteur favorisant, telle la prise
d'AINS, est à rechercher.
Dans tous les cas, au terme de ce traitement, on réalise un contrôle
endoscopique. Celui-ci permet de pratiquer des biopsies de l'ulcère
qu'il soit cicatrisé ou non et de contrôler l'éradication
d'Helicobacter pylori.
La résistance de l'ulcère au traitement médical doit
conduire à un traitement chirurgical. La gastrectomie partielle
associée à une vagotomie et suivie d'anastomose gastro-duodénale
est le traitement qui semble le plus sûr en termes de récidive
et de cancer développé sur le moignon gastrique à
long terme, avec un confort digestif acceptable.
QUESTION 6
Faut-il éradiquer Helicobacter pylori chez un patient
présentant une gastrite chronique ?
La définition de la gastrite chronique est histologique. Environ
90 % des malades ayant une gastrite chronique ont une infection à
Helicobacter pylori. Après éradication, l'activité
de la gastrite chronique disparaît très rapidement, mais
l'évolution de l'atrophie et de la métaplasie intestinale,
lorsqu'elles existent, reste mal connue. Ce type de lésions est
susceptible de favoriser le développement d'un cancer.
La gastrite chronique est peu ou non symptomatique ; il n'y a pas de lien
démontré entre les anomalies endoscopiques, la sévérité
des lésions microscopiques d'une part et l'existence ou l'intensité
des symptômes d'autre part. Cependant, certains symptômes,
comme les douleurs pseudo-ulcéreuses, pourraient être plus
souvent associés à la présence d'Helicobacter pylori.
Les résultats des essais thérapeutiques qui ont évalué
les effets de l'éradication sont contradictoires. Il n'existe actuellement
pas de preuve scientifique suffisante pour recommander l'éradication
chez un malade dyspeptique ayant une gastrite chronique. L'effet de l'éradication
d'Helicobacter pylori dans la dyspepsie douloureuse pseudo-ulcéreuse
doit faire l'objet d'études basées sur une méthodologie
rigoureuse.
La prévalence de l'infection à Helicobacter pylori
est plus élevée dans les populations à haut risque
de cancer gastrique que dans les populations témoins et un lien
de causalité a été établi avec un niveau de
preuve modéré. Le nombre de malades susceptibles de développer
un cancer est minime par rapport à l'importance de la population
infectée. L'intérêt d'une éradication dans
un objectif de prévention du cancer n'est pas scientifiquement
prouvé dans la population générale et chez les malades
dyspeptiques. Aucune recommandation pour l'éradication d'Helicobacter
pylori dans le cadre d'une prévention du cancer gastrique ne peut
être actuellement proposée.
Le texte intégral est disponible auprès de :
Agence Nationale pour le Développement de l'Evaluation Médicale
Service Communication et Diffusion
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75640 Paris Cedex 13
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