Le prurit anal est il un témoin de troubles de la continence et de l'évacuation? L. Siproudhis, C. Favreau, M. Éléouet
Introduction Le prurit est un symptôme anal fréquent insuffisamment évalué en terme de prévalence, d'association symptomatiques et de recours aux filières de soins. Le but de ce travail était de clarifier ces trois points par l'analyse prospective d'un questionnaire auto administré.
Patients et Méthodes Un questionnaire auto administré de 31 items a été envoyé un mois donné à un échantillon de la population française (N = 10 000 âgés de 15 ans au moins) : 7196 (3455 hommes, 3741 femmes) documents retournés ont été exploités après pondération de représentativité (redressement : âge sexe, individu et lieu d'habitation).
Résultats Au cours des 12 mois qui ont précédé le questionnaire, 1544 personnes (21,5%) ont souffert d'un prurit anal. D'autres symptômes y étaient associés : douleur défécatoire (N = 885) saignement (N = 801), constipation d'évacuation ou incontinence (N = 1091). Lorsqu'ils étaient comparés aux sujets sans symptôme proctologique (N = 3996), les personnes souffrant d'un prurit rapportaient plus souvent des selles dures (19,3% versus 3,6% ; p<0,01) ou au contraire liquides (16,5% versus 7,7% ; p<0,01) et des difficultés à évacuer imposant des manœuvres endo-anales défécatoires (11,9% versus 0,1% ; p<0,01). Ils appartenaient à un milieu professionnel plus élevé (haut ou intermédiaire : 22,9% versus 16,1% ; p<0,01) et étaient moins fréquemment à la retraite (41% versus 48,2%, p<0,01). Ils vivaient plus souvent en région parisienne (18,9% versus 14,8% ; p<0,01) et moins souvent à la campagne (22,6% versus 27,2% ; p<0,01). Le prurit anal était la plainte proctologique dominante chez 508 personnes : 73,6% et 35,7% en souffraient depuis au moins 1 et 5 ans respectivement. Quand ils étaient comparés à ceux dont la plainte dominante proctologique était d'autre nature (N = 2036), les personnes souffrant d'un prurit avaient moins souvent recours à une demande de soins (34,8% versus 43,3% ; p<0,01, nombre moyen de consultations annuelles : 1,56±0,88 versus 2,80±2,99 p<0,01). Leur propre perception des facteurs déclenchants étaient moins souvent d'ordre obstétrical et plus souvent d'ordre alimentaire notamment pour les plats épicés (32,2% versus 23,0% ; p<0,01).
Conclusion Il s'agit de la première étude précisant la prévalence du prurit anal et ses associations dans le cadre d'une large enquête de population. Le prurit est le symptôme proctologique le plus fréquent et il s'accompagne de troubles de la continence ou de l'évacuation dans deux tiers des cas. En dépit d'un niveau socioprofessionnel plus important, les personnes souffrant d'un prurit ont encore trop peu recours à une demande de soins.
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